Dominique PARENT
Comédien

Quels sont vos souvenirs du tournage de « La relativité expliquée aux enfants » et de la collaboration avec Pierre Gaffié ?

Je me souviens (Georges Perec est passé par là) d'un été heureux sur ce tournage de "La relativité expliqué aux enfants" ! Alors que quitter un coin de paradis en Ardèche pour rejoindre un appartement à Colombes aurait pu me faire fuir (je reviendrai plus loin sur l'importance du lieu de tournage dans mes choix ; moi qui aurait adoré tourner à la place de Marlon Brando dans " Les révoltés du Bounty" pour épouser une princesse Tahitienne!)

Je me souviens de l'oeil pétillant de Pierre, de son humour inégalé et de sa bienveillance avec toute l'équipe.

Je me souviens des rencontres qui ont généré des prolongations au delà du tournage (fêtes , retrouvailles au festival du Documentaire de Lussas avec un membre de l'équipe) .

De mes deux partenaires Sylvie Audcoeur et le petit Adrien Drouet ; pardon! Monsieur Adrien Drouet désormais ...(j'aurai l'occasion de tourner par la suite avec des enfants mais c'était une première fois pour moi )...

Je me souviens de légèreté et de camaraderie;

Je me souviens en répondant à ce questionnaire que depuis cinq minutes je me rends compte que j'ai toujours eu un Grand plaisir à recroiser ici ou là certain(e)s membre de cette aventure ; Pierre bien sûr ! qui a eu la générosité de nous rejoindre sac à dos au coeur du Morvan pour se retrouver membre de Jury du formidable festival "Partie(s) de campagne" d'Ourroux à l'été 2019..

Et d'autres....

Je me souviendrai que j'aime à me souvenir de ce film!

Quel est, fondamentalement, ce qui détermine votre choix de vous engager sur un projet, qu’il soit théâtral ou cinéma ?

Diriez-vous, comme le comédien Sergio Castellito que vous avez deux C.V.s : celui des films que vous avez faits et ceux que vous avez refusé se faire (pour des raisons morales) ?

Mon choix se détermine toujours par l'Auteur , au théâtre bien sûr et plus rarement au cinéma mais dès lors qu'on parle de cinéma d'auteurs ça reste la boussole; dans le meilleur des cas bien sûr ! car si je paraphrasais l'immense Galabru , nos contraintes et réalités économiques nous rappelle à l'ordre et dès lors , un bon "Nanaâard ne se refuse pââas" pour payer ses impôts , ses pensions alimentaires,....etc... ! Donc avoir deux C.V.s peut s'envisager quand on fait un point sur sa carrière à hauteur de Piccoli, De Niro ou Vittorio Gassman.... mais à mon petit niveau , disons que les deux voies se sont parfois scindées par obligation morale et non carriérisme médiatisant ( engagement déjà signé et très avancé , par exemple,  et obligation de refuser "la mort dans l'âme" un projet qui s'avèrera par la suite un triomphe !....mais nul n'est prophète...etc....); Bon allez je le dis en deux mots : obligé de refuser vingt cinq jours de tournage dans "Bienvenue chez les Ch'tis" car engagé, avec Valère Novarina (immense auteur que j'ai l'honneur et la joie d'accompagner depuis plus de trente ans à ce jour) pour le spectacle " l'Acte inconnu" dans la cour du Palais des papes en Avignon! Bref déchiré entre deux rêves de gosses : tourner dans ma langue natale (le patois "Ch'ti" du Nord) et

rejoindre les hauts mur d'Avignon pour rencontrer le fantôme de Gérard Philipe ! Mais je ne vois rien d'incompatible entre un C.V "Vilar" et un C.V "Dany Boon".....

Que pensez-vous de cette phrase de Claude Chabrol : « Qui rit au tournage pleure au montage » ?

Je dirais pour ma part : Attention au comique de répétition ! Non pas celui que tout le monde connait qui consiste en une succession hilarante de situations burlesques qui retombe plusieurs fois de suite sur le protagoniste de manière répétitive ( les exemples sont légions chez Chaplin ou Jerry Lewis ou encore pierre Richard)  ; MAIS, au théâtre , ce qui nous fait pleurer de rire en répétition et PLUS DU TOUT en public ! En cela on rejoint quelque part le grand Chabrol!

Extrait de « La relativité expliquée aux enfants »

Quelle est votre scène préférée, à Paris, en région ? Et sur quoi se base l’affect que peut avoir un comédien pour un lieu ?

Sans hésiter une seule seconde : toutes les scènes tournées avec Bruno Podalydès dans les cinq films auxquels j'ai eu la chance de participer et pour ce qui est du lieu , un en particulier : L'île de Port Cros pour "Le Parfum de la dame en noir" : LE PA-RA-DIS!

Je ne sais pas où, ni comment , ni sur quoi il peut bien se baser "L'affect", dans ce cas particulier : il est incernable ! c'était juste Divin! et tout le temps ! chaque journée , chaque heure du jour et de la nuit, on vivait là-bas ! ce qui est exceptionnel ! Et pendant plus de deux mois!  L'île a des contraintes de Parc national et très peu de monde peut y séjourner.... et nous ..... des coqs en pâte ! Des jours offs à se plonger dans les eaux limpides de la Méditerrannée  et ses fonds recouverts de posidonie avec l'impression d'être sur la côte d'Azur  au temps de Jacques Henri Lartigue ! , des soirées délicieuses avec Michael Lonsdale , Sabine Azema, Isabelle Candelier , Jules Beaucarne , Olivier Gourmet (ah les amis Belges!) Denis bien sûr! (Podalydès) , Jean-Noël Brouté, impossible de tous les citer  ....tout les camarades déjà rencontré dans un autre lieu mémorable : Le Château de Vilmollin pour "Le Mystère de la chambre jaune" ! Bref, Le Luxe suprême comme chez Bergman ou Cassavettes d'appartenir à une troupe (on en revient au théâtre) et le bonheur des retrouvailles! Bon là je me lâche un peu trop dans ....L'affect ? c'est ça?....

Interview pour la pièce « Faut pas payer »

Vous souvenez-vous d’un travail particulièrement difficile (et donc excitant) dans la recherche d’un personnage à interpréter ? Sa voix, ses vêtements, sa démarche…

Encore une fois c'est au théâtre que j'ai des souvenirs de "personne" plus que de "personnage" excitant à construire ; mais , ça peut paraître prétentieux , aucun souvenir de particulière difficulté ; cela dit il faudrait séparer les trois catégorie : voix , costume et démarche ; la première est la plus cruciale et la voix vient avec le moment où - dans le meilleur des cas - le rôle vient, à l'approche de la première (mais parfois plus tard!), vous "taper dans l'dos" ; alors quelque chose s'éclaircit , apparait , s'incarne , se place .... mais c'est si singulier selon l'auteur ; cela dit je suis friand des rôles à accent comme le parrain belge Van Putzeboum dans "Occupe toi d'Amélie" de Feydeau ou Dimas le jardinier du "Triomphe de l'amour " de Marivaux ; mais quoiqu'il en soit c'est toujours notre tessiture et notre singularité qui prédomine; on doit faire "avec" rien n'est pire que de "contrefaire....

Pour le costume ou la démarche le talent des camarades créateurs(trices) de Costumes fait 98 % du travail ; je me souviens d'un Molière "Le Tartuffe" chez Bernard Sobel ou j'ai ressenti un bon en avant énorme le jour ou j'ai enfilé le costume 17ème lourd et épais fait de somptueuses étoffes , et que j'ai chaussé  des escarpins d'époque à talons hauts (et rouge) tel un jeune coq , dans le rôle de Damis! Eh oui ça peut aussi tenir à ça , ce que disait une amie comédienne :" j'ai trouvé le personnage quand j'ai trouvé les bonnes chaussures!"

(Propos recueillis le 14/01/21)

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